Pourquoi EDF est en conflit en Arabie saoudite (Capital.fr, 30/12/2013)

Bandar ben Abdallah al Saoud, neveu du roi Abdallah d’Arabie saoudite et patron du conglomérat Soroof International, a le sens du timing. A 15 heures tapantes, dimanche 29 décembre, au moment précis où atterrissait à Riyad l’Airbus de François Hollande, il a annoncé son intention de porter plainte contre EdF dans son pays. Un choc pour son président, Henri Proglio, membre de la délégation officielle française, qui comprend 4 ministres et 33 dirigeants d’entreprises. Ce coup de théâtre survient en effet au moment où Edf et Areva se battent pour emporter ensemble le futur marché de 16 réacteurs nucléaires que le royaume wahhabite entend mettre en service d’ici 2030.

Très discret sur les raisons de son différend avec l’électricien français, le groupe Soroof s’est contenté d’évoquer un « défaut d’exécution par EdF » d’un accord entre les deux parties. Capital.fr est en mesure de révéler les motifs réels d’un conflit larvé, qui trouve son origine dans une bataille de réseaux franco-saoudiens.

En mai 2011, Henri Proglio avait signé un partenariat avec Soroof International pour créer en joint-venture la filiale EdF Saudi Arabia. Objectif : la construction et la maintenance de centrales électriques dans le Royaume. Mais un an plus tard, un juin 2012, EdF a annoncé l’ouverture à Riyad d’un bureau commun avec Areva, à la grande surprise du prince Bandar ben Abdallah.

Or Areva s’était déjà liée sur place au groupe de construction saoudien Bin Laden, dirigé par Bakr Bin Laden, demi-frère du fondateur d’Al Qaïda. Lorsque son ennemie intime Anne Lauvergon était encore à la tête du groupe nucléaire, Henri Proglio entendait continuer à faire bande à part. Mais après son départ en juin 2011, les choses ont commencé à changer. Surtout lorsque le ministre de l’industrie Arnaud Montebourg a poussé les deux champions français à regrouper leurs forces en Arabie saoudite. Avec quel partenaire local ? En coulisse, de nombreux intermédiaires officieux et officiels se sont mobilisés pour que le groupe Bin Laden, le Bouygues local, soit le seul choisi.

Parmi eux, le centralien Jalel Allegue, représentant de GDF Suez en Arabie saoudite, tout en dirigeant sa propre affaire de consulting. Et Olivier Fric, consultant en énergie via sa société domiciliée à Lausanne et époux d’Anne Lauvergeon. Quant à Bertrand Besancenot, ambassadeur de France en Arabie saoudite depuis juillet 2007 (l’un des rares à avoir conservé son poste après la défaite de Nicolas Sarkozy), il a lui aussi défendu bec et ongles Saudi Bin Laden, au point d’obtenir que François Hollande remette ce lundi, juste avant le déjeuner, la légion d’honneur à l’un des membres du clan familial, Mohamed Bin Laden, président du conseil d’affaires franco saoudien.

Autant de manœuvres considérées comme un affront par le prince Bandar, qui entend réclamer un dédommagement de plusieurs centaines de millions d’euros à EdF.

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