Yémen: le clan Saleh cherche une porte de sortie en Europe (Le Figaro, 04/01/2013)

Le fils de l’ancien président est en Italie. Paris ne veut pas accueillir son père, qui a besoin de se faire hospitaliser à l’étranger. Officiellement, Ahmed Saleh, le fils aîné de l’ancien président yéménite chassé du pouvoir fin 2011 à Sanaa, est en Italie, où il a passé les fêtes de fin d’année, après s’être fait soigner du dos en Suisse. Mais grâce à un visa Schengen en sa possession, l’ancien chef de la toute-puissante garde républicaine peut très bien entrer en France, où le clan possède des biens immobiliers, en vue de préparer la venue de l’ex-raïs.

L’affaire embarrasse Paris, qui ne souhaite pas accueillir l’ancien leader yéménite, ni ses proches, accusés d’avoir réprimé dans le sang les manifestations qui ont abouti à leur départ du pouvoir, après trente-trois ans de mainmise sur ce pays pauvre du sud de la péninsule Arabique. Un départ négocié – une première depuis le lancement des printemps arabes – en échange de l’immunité pour Saleh et ses proches.

«Nous n’avons pas délivré de visa à l’ancien président Saleh», précise un diplomate français à Sanaa, «mais il n’est pas impossible qu’il dispose déjà d’un document de voyage, valable dix ans, qu’il avait négocié lors de sa dernière visite à l’Élysée fin 2010», ajoute la source. En janvier 2012, Paris s’était déjà opposé à ce que l’ex-raïs fasse escale dans le sud de la France, avant de se rendre aux États-Unis pour y être soigné, après la tentative d’assassinat dont il avait miraculeusement réchappé, six mois plus tôt.

Un an après son départ du pouvoir, le richissime clan Saleh conserve une indiscutable capacité de nuisance, qu’il ne se prive pas d’exercer, alors que la transition politique avance laborieusement. Le dialogue national, prévu dans le plan de sortie de crise parrainé par l’ONU et les monarchies du Golfe, n’a pas encore commencé. Dans un pays éclaté entre tribus, sécessionnistes au nord et au sud et islamistes de tout poil, l’intégration des jeunes révolutionnaires au paysage politique s’annonce particulièrement ardue.

Les Scud neutralisés
En revanche, juste avant Noël, le président Abd Rabbo Mansour Hadi, qui a succédé en février à Saleh, a réussi à restructurer l’armée, réduisant du même coup le pouvoir des proches de l’ancien président. Il est surtout parvenu à dissoudre par décret la garde républicaine, après avoir convaincu Ahmed et son père d’abandonner les missiles qu’ils détenaient, des Scud fournis par l’ex-URSS, et surtout des missiles stratégiques S-21. Le clan Saleh accepta à condition que ces missiles restent entre les mains du chef de l’État et qu’ils ne soient pas transférés au ministère de la Défense, l’entourage de Saleh redoutant à terme une prise du pouvoir par les islamistes d’al-Islah, la principale force politique yéménite.

En parallèle, le président Hadi a également obtenu la restitution des Scud de l’ennemi juré d’Ahmed Saleh, le général Ali Mohsen, à la tête de la 1re division blindée, qui avait rejoint l’insurrection. En pleine crise, une photo satellite américaine montrait deux batteries de Scud sur leurs rampes de lancements, prêtes chacune à être tirée contre des positions ennemies, suscitant les pires craintes d’un embrasement du conflit. Bref, un arrangement typiquement yéménite a finalement été trouvé: sur le papier, les unités de la garde républicaine n’existent plus, mais ses dirigeants, eux, sont toujours là.

Les parrains occidentaux ou arabes du nouveau Yémen restent donc confrontés au même dilemme: dans sa résidence des alentours de l’ambassade de France, Ali Abdallah Saleh pollue toujours le débat. Mais personne ne veut le récupérer. «Tant qu’il sera là, la transition ne pourra pas avancer», estime un expert étranger à Sanaa. En attendant que l’horizon s’éclaircisse, côté français, on mise sur une ruse pour retarder l’arrivée de Saleh dans l’Hexagone: refuser d’accorder des visas à sa cohorte d’agents de sécurité. Comme les autorités américaines l’avaient fait l’an dernier avec le pilote de son avion.

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