Les services occidentaux planchent sur une cartographie des djihadistes syriens (MESP, 07/12/2012)

Une des leçons que les gouvernements occidentaux semblent avoir tirée des épisodes libyen, irakien, afghan, etc., est le risque de voir les groupes djihadistes les plus radicaux progresser sur le dos des mouvements révolutionnaires et des forces du changement. En Syrie, les Occidentaux s’alarment devant l’afflux de djihadistes, surtout de l’étranger, avec des chiffres qui, en proportion, dépassent ceux constatés en Afghanistan et en Irak ou encore en Libye. En effet, les djihadistes étrangers, généralement liés à al-Qaëda, constitueraient près de 15% des effectifs engagés dans la guerre contre le régime de Bachar el-Assad.

Le Ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, pourtant très actif en faveur d’un renversement rapide de la dictature syrienne, exprime de plus en plus de réserves, officiellement et en privé, à l’égard de l’influence grandissante des groupuscules djihadistes en Syrie et du risque de récupération du soulèvement syrien par al-Qaëda. Les autres partenaires européens de la France, directement concernés par la crise syrienne, notamment la Grande-Bretagne et l’Allemagne, ont longtemps hésité à accepter le principe d’une assistance militaire directe aux rebelles, devant la radicalisation de leur action. L’UE hésite aussi, tout comme des pays présents sur la zone, dont l’Italie et l’Espagne. Les Etats-Unis, tout en encourageant, directement ou via les alliés européens, turcs ou arabes (Qatar), la constitution d’un commandement militaire unifié des insurgés, comprennent que la montée en puissance des groupes radicaux est difficilement contrôlable dans le contexte de pourrissement et d’inertie actuel.

Traumatisés par l’assassinat de leurs diplomates à Benghazi, les Américains paraissent particulièrement prudents, encore aujourd’hui, dans leurs opérations sur le terrain aux côtés des rebelles. Leurs forces spéciales, engagées surtout à partir de la Turquie, évitent le contact avec une des composantes militaires les plus actives de la rébellion syrienne, Jibhat al-Nasra, comme le relèvent des sources médiatiques arabes (Assafir, 07/12). Ce groupe djihadiste, lié à al-Qaëda et accusé de commettre toutes sortes d’exactions à Rif Edlib et Halab notamment, est infréquentable aux yeux des Américains qui voient en lui un danger futur pour la Syrie de l’après-Assad et pour la région. D’autres groupes djihadistes, terroristes si on se réfère aux critères en vigueur, combattent aussi sous l’ombrelle de l’Armée Libre de Syrie ou en marge de cette armée.

L’exercice le plus difficile auquel s’adonnent les services des pays occidentaux les plus engagés dans la crise syrienne, est celui de faire le tri entre les “modérés” et les “extrémistes” parmi les combattants anti-Assad, entre les “combattants de la liberté” et les “terroristes”, entre les bons et les mauvais… Pour passer à la vitesse supérieure au niveau de l’aide militaire et opérationnelle fournie aux rebelles, maintenant que les Allemands revoient leur veto sur les fournitures d’armes, Paris, Londres, Washington, etc., ont besoin d’identifier, clairement, les partenaires militaires qui profiteront de leur appui, et de sortir des incertitudes actuelles.

Selon une information rapportée le 07/12 par le quotidien libanais Assafir, de tendance nationaliste arabe, les services de renseignements français sont très impliqués, à partir du Liban où ils ont renforcé leur présence sous couvert de la FINUL, dans l’élaboration de cette cartographie des forces islamistes combattantes en Syrie. Cela vise à mieux connaître le terrain militaire vers lequel les Français et leurs alliés semblent glisser inéluctablement. Cela vise aussi à rassurer le Ministre des Affaires étrangères et le gouvernement français sur la pertinence de leurs choix, et à les aider à défendre leurs points de vue auprès de leurs partenaires. Ceux-là feront leur devoir aussi, grâce à des services de renseignements surinformés. La cartographie des forces en présence sera établie. Rien n’empêche même qu’elle soit complète et exhaustive. Mais, comme le montre l’histoire récente, et puisque la grille de lecture est inchangée, il y a de fortes chances qu’elle soit mal interprétée.

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