Arabie saoudite: Rumeurs sur la santé du roi Abdullah (MESP, 19/11/2012)

Les communiqués du diwan royal sur l’état de santé du Roi Abdullah Ben Abdulaziz sont clairs, nets et précis. Cependant, cet effort de transparence est tel qu’il peut paraître douteux aux yeux des incrédules, dans un royaume fermé et une cour impénétrable. Et ils sont nombreux aujourd’hui, y compris à la cour, à douter du diagnostic médical annoncé à la suite de la quatrième intervention chirurgicale que le souverain vient de subir au dos.

Les rumeurs sur les souverains et les princes, et sur le rapport des forces internes ou encore sur leur état de santé, sont courantes. La cohésion clanique et familiale assure, traditionnellement, une discrétion vis à vis de l’extérieur. L’équipe médicale est américaine, celle-là même probablement qui le suit depuis sa dernière opération à New York, et l’hôpital est saoudien, celui de la Garde nationale qui tombe sous l’autorité directe du clan Abdullah et de son fils le prince Mitaab Ben Abdullah. Cela doit préserver le secret médical, en principe. Sauf que le contexte de compétition accrue, au sein même du pouvoir et de la famille, ouvre des brèches dans le mur du silence érigé autour du souverain et de l’équipe dirigeante.

En tout cas, les tweets d’un Mujtahid (@mujtahidd) qui revendique plus de 765.000 followers, et ceux de Mutajahim et Tafshan (@9afshan), n’ont de cesse de nous rappeler la porosité grandissante de l’omerta à la saoudienne. Ces tweets, qui sont repris par des médias externes, et qui circulent surtout parmi les communautés d’internautes saoudiens et arabes avertis, déstabilisent la politique de censure autrefois hermétique, et discréditent, ne serait-ce que par le doute, les communiqués officiels et autres annonces faites par le diwan. Les tweets de ces trois célèbres inconnus, pour se limiter à eux, annoncent des complications subies par Abdullah à la suite de l’intervention chirurgicale de quelques minutes qu’il vient de subir, y compris sur le plan cardiaque. Ils supposent une difficulté pour le souverain, 89 ans, de revenir rapidement aux affaires, alors que son Prince héritier Salman Ben Abdulaziz, également vice-Premier ministre et Ministre de la Défense, montre des signes de plus en plus visible de sa maladie d’Alzheimer…

Ces tweets, qui reviennent sur la présence, pesante mais incontournable, du chef du diwan royal Khaled al-Tuweijri, autour du Roi Abdullah, révèlent une tentative faite par des princes de premier rang de réunir un conseil de famille en urgence. Marginalisé depuis quelque temps, le chef du Comité d’Allégeance le prince Mishaal Ben Abdulaziz ne semble pas en mesure de convoquer et de réunir les princes les plus influents pour organiser sérieusement la succession, ce qui n’a pas empêché donc une réunion officieuse des princes Mitaab Ben Abdulaziz, Muqrin Ben Abdulaziz (ancien chef des RG, conseiller spécial du roi), Bandar Ben Abdulaziz, Talal Ben Abdulaziz (le “prince rouge”, père de l’homme d’affaires al-Walid Ben Talal, ne désespère pas de revenir aux affaires, à la faveur surtout du “printemps arabe”) et du prince Abdulaziz Ben Nawwaf Ben Abdulaziz (représentant son père le prince Nawwaf). Les tweets de Mutajahim n’ont pas manqué d’insister sur l’échec d’une telle réunion en l’absence de princes qui comptent aujourd’hui, dont le PH Salman Ben Abdulaziz, le nouveau Ministre de l’Intérieur le prince Mohammad Ben Nayef Ben Abdulaziz, le vice-Ministre de la Défense le prince Khaled Ben Sultan Ben Abdulaziz (ou son frère le chef des RG le prince Bandar Ben Sultan), le chef de la Garde nationale (Ministre d’Etat et surtout fils du Roi Abdullah) le prince Mitaab Ben Abdullah, et les princes Ahmad Ben Abdulaziz (qui vient d’être remplacé à l’Intérieur par son neveu le prince Mohammad Ben Nayef) et Sattam Ben Abdulaziz (gouverneur de Riyad, qui risque de s’auto-éliminer de la course pour des raisons privées…).

Avec la démocratisation des moyens d’informations, et malgré les tentatives faites par les dirigeants saoudiens (et arabes) de contrôler les flux d’informations touchant à leurs intérêts, les observateurs ont désormais, sans aucun doute, la liberté d’opposer “les versions officielles” fournies par le pouvoir sur des questions sensibles et les versions “virtuelles” circulant plus ou moins anonymement sur le net.

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