Moundher Makhos, premier ambassadeur de la Syrie libre nommé à Paris (Un oeil sur la Syrie,17/11/2012)

En descendant ou en défilant dans les rues de la plupart des villes de Syrie, lors des 497 manifestations recensées par les Comités Locaux de Coordination, des dizaines de milliers de Syriens ont exprimé, vendredi 16 novembre, leur soutien à la nouvelle Coalition Nationale des Forces de la Révolution et de l’Opposition Syrienne. Toutefois, rendus précautionneux par les insuffisances du Conseil National Syrien, dont ils avaient salué avec enthousiasme la création le 7 octobre 2011 mais dont ils attendaient beaucoup plus, ils ont indiqué d’emblée, lors de plusieurs rassemblements, que, cette fois-ci, ils resteraient vigilants.

« Oui à la Coalition Nationale… comme moyen.
Notre oui est prudent… Vous serez jugés à votre action »Au lendemain de cette journée de mobilisation et fort de ce soutien, le président de la nouvelle Coalition Nationale, Ahmed Moazz Al Khatib, était reçu à l’Elysée par le président François Hollande. Il était accompagné de ses deux vice-présidents, Riyad Seif et Souheïr Al Atassi. Répondant à la déclaration du Président de la République, qui affirmait qu’il y aurait « un ambassadeur de Syrie en France désigné par le président de la Coalition », Moazz Al Khatib a indiqué que ce poste serait confié à Mondher Makhos, qui faisait également partie de sa délégation.

Né en 1946, ingénieur, titulaire d’un doctorat en géologie et ressources minérales (en 1974), Mondher Makhos a également obtenu à Moscou (en 1993), un doctorat en exploitation pétrolière. Il a exercé son métier au Moyen-Orient et dans le Sahel. Il enseigne, depuis les années 1990, à l’Université Pierre et Marie Curie, à Paris.

Membre du Rassemblement du 15 mars pour la Démocratie en Syrie, créé à l’initative de l’opposant Abdel-Raouf Darwich, il avait déclaré, en septembre 2011, que « de nombreux alaouites désapprouvent les agissements criminels de Bachar Al Assad ». Il s’attendait, à ce moment-là, à une insurrection au sein même de la communauté alaouite, qui craignait à juste titre d’être tenue co-responsable des meurtres et des tortures dont étaient victimes les révolutionnaires.

Ayant adhéré au Conseil National Syrien, au sein du Bloc d’Action Nationale dont faisaient également partie Bassma Qodmani, Wa’el Mirza, Khalid Hajj Saleh et Ahmed Ramadan… pour ne citer qu’eux (la liste complète des membres de ce Bloc est consultable ici), il est désigné coordinateur du CNS pour ses relations extérieures en Europe occidentale.

Personnalité consensuelle et respectée au-delà du cercle du Conseil, Mondher Makhos s’est imposé parmi les opposants syriens comme un homme de dialogue et d’ouverture. Beaucoup estiment que ses qualités intellectuelles et morales en font un excellent candidat à la fonction hautement symbolique de premier ambassadeur de la Coalition auprès du premier Etat européen et occidental à avoir reconnu celle-ci comme « la seule représentante légitime du peuple syrien ».

Son appartenance à la communauté alaouite est évidemment un signal de confiance adressé par la Coalition à ceux qui, en Syrie, se demandent quel sort sera le leur dans la Syrie post-Bachar Al Assad. Réclamée par plusieurs interlocuteurs de la Coalition, cette mesure sera complétée, lors de la création du gouvernement de transition, par la présence d’autres alaouites à des postes susceptibles d’apparaître comme des garanties.

Mondher Makhos est un neveu du Dr Ibrahim Makhos, vice-Premier ministre et ministre syrien des Affaires étrangères dans le gouvernement de Yousef Zouayen, mis en place à la suite du coup d’état du 23 février 1966. Lors d’un nouveau coup d’Etat mené par Hafez Al Assad contre ses camarades du Parti Baath, le 16 novembre 1970, il se trouvait par chance en visite officielle en Algérie. Se souvenant que le Dr Makhos avait exercé chez elle et soigné les combattants du FLN en lutte contre la France, celle-ci lui a accordé le droit de demeurer sur son sol. Il s’y trouve jusqu’à aujourd’hui. Il a ainsi échappé au destin funeste de Salah Jedid, secrétaire régional adjoint du Commandement régional et homme fort du régime, et de Noureddin Al Atassi, président de la République et secrétaire régional de ce même Commandement régional. Le premier mourra en prison, le 19 août 1993, après 23 ans de détention sans jugement. Le second sera remis en liberté quelques jours avant son décès, intervenu à Paris, le 2 décembre 1992, des suites d’un cancer non soigné.

En réaction contre le pronunciamiento de leur ancien camarade de parti, les partisans de Salah Jedid créent une organisation dissidente sous le nom de Parti Baath Socialiste Arabe Démocratique, dont Ibrahim Makhlos reste à ce jour le secrétaire général et Mahmoud Jedid, un proche parent de Salah Jedid, le porte-parole. Le Baath Démocratique fait partie du Rassemblement National Démocratique et, à ce titre, de la Déclaration de Damas.

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