François Hollande renoue avec l’Arabie saoudite (Le Figaro, 02/11/2012)

François Hollande, qui effectuera dimanche son premier voyage au Moyen-Orient depuis son élection, recevait en juin dernier à l’Élysée le prince Mitaeb Ben Abdallah, chef de la Garde nationale et ministre d’État saoudien.

Le chef de l’État fera étape au Liban, dimanche, avant d’aller à Djedda où il sera reçu par le roi Abdallah.

Visite éclair mais grandes ambitions: au Moyen-Orient pour la première fois depuis son élection, François Hollande entend mettre à profit une courte étape en Arabie saoudite, dimanche, pour remettre ce pays au centre de son échiquier diplomatique. Quelques heures plus tôt, à Beyrouth, il se sera déjà entretenu de la Syrie, un fil rouge de son périple, avec le président libanais Michel Sleimane. Il s’agit, précise-t-on à Paris, de donner «un geste politique fort, de soutien et d’appui à la souveraineté du Liban, à la préservation de son intégrité et de son unité face aux risques de déstabilisation».

Pas question, affirmait-t-on à l’Élysée avant l’échéance saoudienne, de léser la relation avec le Qatar, dont Nicolas Sarkozy avait fait un pilier de sa politique arabe. La lune de miel semble d’ailleurs se poursuivre entre Paris et le micro-rival du royaume wahhabite. L’idée est plutôt «de faire autant avec le Qatar et davantage avec l’Arabie saoudite», indique-t-on. Mais à l’heure où le fonds d’investissements promis par Doha aux banlieues françaises suscite, à droite et à gauche, de plus en plus de réserves, le choix du chef de l’État pour sa première visite prêtera à commentaires.

À Djedda, où séjourne actuellement le roi Abdallah, François Hollande sera accueilli par des membres de la famille régnante, dont le prince héritier Salman. Il aura ensuite un tête-à-tête et un dîner avec le souverain. Côté français, on mise sur l’«ancienneté et la solidité» des relations avec l’Arabie saoudite tout comme sur son poids dans la région. Non pas que la France ait été absente, loin de là. Avec Ryad, deuxième partenaire commercial dans la région (8 milliards d’euros d’échanges), les relations économiques ont progressé sous le précédent quinquennat (grâce à Airbus et Veolia notamment). Mais quelques gros contrats ont échappé aux Français, dont celui du TGV Médine-La Mecque. Le royaume a lancé un vaste programme d’investissements de 370 milliards d’euros sur cinq ans, et Paris espère en recueillir quelques fruits. Un contrat d’un milliard d’euros prévoyant la modernisation par la DCNS de quatre frégates et deux pétroliers ravitailleurs est en ligne de mire. Avec en perspective, espère-t-on, la vente de frégates multimissions Fremm. Hollande reparlera aussi du nucléaire civil, un domaine où les avances françaises sont restées lettre morte. Mais «l’objectif de la visite n’est pas de signer des contrats», modère-t-on à l’Élysée.

De fait, la prudence est de mise. Les Saoudiens n’aiment pas qu’on leur mette la pression. Le roi Abdallah l’avait fait savoir en son temps, et avec humour, en qualifiant Nicolas de Sarkozy de «cheval fougueux (qui) devra accepter l’épreuve des rênes». Des maladresses et les options prises à l’époque par Paris (l’axe qatarien, la normalisation avec Bachar el-Assad) avaient ensuite sérieusement agacé le régime wahhabite.

Crise syrienne
Pour repartir du bon pied avec ce partenaire stratégique, le nucléaire iranien, qui préoccupe Ryad au plus haut point, et la crise syrienne, sur laquelle les deux pays sont en pointe, seront matière à convergences. Les Saoudiens soutiennent militairement les franges les plus radicales de la rébellion syrienne, ce qui ne manquera pas toutefois de soulever des questions côté français. Autre volet de coopération, les échanges universitaires (1 200 Saoudiens étudient en France) et culturels seront également mis en avant, malgré des «différences de civilisation», invoque-t-on, qui touchent notamment aux droits de l’homme (et particulièrement des femmes). «On peut en parler», plaide-t-on néanmoins dans l’entourage du chef de l’État, qui pourrait rencontrer des représentants de la société civile. Dimanche soir, François Hollande poursuivra son marathon vers le Laos pour participer au sommet UE-Asie. Il devrait revenir l’an prochain, cette fois à Ryad, Abu Dhabi et Doha.

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