Assad-Abdallah d’Arabie : les coulisses d’un contentieux (Georges Malbrunot – 29/10/2012)

Dimanche, les policiers saoudiens ont empêché des centaines d’opposants syriens de manifester contre Bachar el-Assad durant le pèlerinage du Hajj à La Mecque, arguant que celui-ci devait rester un moment de prière, et pas se transformer en un rassemblement politique. Pourtant, Riyadh est l’un des plus ardents défenseurs de la révolution syrienne, que l’Arabie soutient financièrement, en appelant à l’armement des rebelles.

Pourquoi cette apparente contradiction ? Plusieurs facteurs expliquent cette position.

D’abord, « la monarchie déteste par-dessus tout le désordre », rappelle un diplomate occidental, qui insiste sur une autre tendance lourde de la politique saoudienne : sa prudence. Lorsque les troubles ont commencé en Syrie, les dirigeants saoudiens estimaient qu’il y avait déjà assez de chaos en Irak pour qu’on n’en rajoute pas en Syrie. C’est au nom de cette prudence que le roi Abdallah, 89 ans, a mis du temps pour « lâcher » Bachar el-Assad.  Leurs relations s’étaient détériorées en 2005, lorsque la communauté internationale soupçonna la Syrie d’être derrière l’assassinat du Premier ministre libanais, Rafic Hariri, proche de l’Arabie, où il avait bâti sa fortune.

Au sommet de Koweït en 2009, Abdallah, en vieux sage – il est aujourd’hui âgé de 89 ans – finit par ravaler ses préventions à l’égard de celui qui l’avait pourtant traité de « demi-homme », quelques années plus tôt. Le roi tendit la main à Bachar. « Si vous savez ce que ça m’a coûté de faire ce geste », commentait ensuite devant ses hôtes le monarque saoudien, qui dépêcha son fils Abdel Aziz à Damas pour tenter d’écarter Assad du giron iranien – ce qui constituait le véritable objectif de ce rapprochement saoudo-syrien. Au printemps 2011 au début de la révolte, Abdallah voulait encore croire en Bachar el-Assad. Selon une source informée, « le roi l’appela à plusieurs reprises pour lui demander de faire comme Mohammed VI au Maroc : lâcher un peu de lest, histoire de créer un processus de changement. Mais au bout de six mois avec le début de la répression armée, le dirigeant saoudien a eu l’impression, non seulement que Bachar ne l’écoutait pas mais qu’il agissait en fait sur conseils des Iraniens, ce qui est évidemment le pas de trop pour des Saoudiens » obsédés par la double menace iranienne (nucléaire et l’entrisme chiite dans les sociétés arabes).

« Sir, Bachar s’est foutu de vous une deuxième fois ! », lui soufflèrent alors ses conseillers au palais.  A l’automne 2011, le basculement allait s’opérer. D’autant que les autorités saoudiennes s’aperçurent qu’elles devaient compter avec un concept rare dans le royaume : une opinion publique, chauffée à blanc par les images des victimes – sunnites comme elle – de la répression, diffusées en boucle par les chaînes satellitaires al-Jazeera ou al-Arabya. « Dans les majlis, on ne parlait que de çà, se rappelle notre expert. Or le régime est très attentif à ce qui se dit dans ces rassemblements où l’on parle d’ordinaire de tout et de rien ».  Quand Riyadh s’est finalement rendu compte qu’il n’y avait « plus rien à espérer de Bachar », le roi Abdallah a réagi en vertu du bon vieux principe selon lequel « les affaires arabes se traitent entre Arabes ». L’Arabie a donc encouragé la Ligue arabe à intervenir en Syrie, mais quand les dirigeants saoudiens se sont heurtés au véto de l’Algérie et de l’Irak, ils ont finalement accepté que le Conseil de sécurité de l’ONU joue un rôle, ce qui va pourtant à l’encontre de  la non intervention dans les affaires arabes.

Ensuite, l’Arabie a appelé à l’armement des rebelles dans l’espoir d’inverser le rapport de forces sur le terrain. Mais dans le même temps, pas question d’autoriser des manifestations pro révolution syrienne dans un royaume, sans parlement ni partis politiques, où la minorité chiite exprime régulièrement son mécontentement. D’autant que le roi et sa cour restent fondamentalement sceptiques sur l’issue des « Printemps arabes ».

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