Le Qatar veut « s’imposer comme la clé du Proche-Orient… » (L’Orient le Jour, 24/10/2012)

La  visite sans précédent à Gaza de l’émir du Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, illustre la politique d’encouragement des islamistes menée par le petit émirat qui veut s’imposer en puissance régionale, estiment des analystes. Cette politique commence à porter ses fruits, certains des anciens protégés islamistes du Qatar ayant accédé au pouvoir à la faveur du printemps arabe, confortant l’influence de cet État richissime, fidèle allié des États-Unis.
« Le Qatar a vu les révolutions arabes comme une opportunité et non comme une menace », contrairement à d’autres régimes de la région, explique Salman Shaikh, directeur du Brookings Doha Center. Pour lui, la stratégie du Qatar « n’est pas une approche purement idéologique et dogmatique. Le Qatar a bâti des relations avec ces islamistes parce qu’il les considérait comme intègres et capables, contrairement aux régimes qui étaient en place dans le monde arabe ».

Depuis son accession au pouvoir en 1995, l’émir a hébergé plusieurs dirigeants islamistes en exil et encouragé plusieurs mouvements islamistes arabes. Il a notamment maintenu de bonnes relations avec le Hamas, dont il a accueilli une première fois le dirigeant, Khaled Mechaal, en 1997 à la suite d’une tentative d’assassinat en Jordanie. « Le Qatar a toujours soutenu le Hamas. Mais je pense que la visite de l’émir vise plus à contenir ce mouvement qu’à le soutenir », estime l’analyste Abdel Wahab Badrakhan. Il souligne que « ce mouvement a récemment rompu les liens avec la Syrie et s’il veut également couper les ponts avec l’Iran, il doit se ménager un appui régional ». Car le Qatar « joue à présent le rôle de puissance régionale », souligne Paul Salem, directeur du Carnegie Middle East Center basé à Beyrouth. « Il est vrai qu’il est plus proche des islamistes, mais son ambition est de devenir une puissance diplomatique. Cela lui permet de jouer un rôle sur la scène mondiale, en s’imposant comme la clef du Proche-Orient. »

Le Qatar bénéficie de l’arrivée au pouvoir de ses protégés tunisiens ou égyptiens après des soulèvements populaires retransmis en direct par son formidable outil médiatique, la chaîne al-Jazira. Ainsi, c’est au Qatar que le chef islamiste tunisien Rached Ghannouchi a effectué l’an dernier son premier déplacement à l’étranger après la victoire de son parti, Ennahda. Et Doha a annoncé en septembre qu’il allait investir 18 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années en Égypte pour soutenir le nouveau président islamiste Mohammad Morsi. Le petit émirat est également en première ligne dans l’aide aux rebelles syriens.
La politique du Qatar a cependant été critiquée dans plusieurs pays arabes. En Libye, des hommes politiques l’ont accusé « d’ingérence », estimant que l’émirat tentait d’exploiter le capital sympathie obtenu en aidant financièrement, militairement et politiquement la rébellion en 2011, pour manipuler le pouvoir. Les détracteurs du Qatar s’interrogent également sur les motivations de cet émirat conservateur, qui abrite la plus grande base militaire américaine dans la région. Pour Abdel Wahab Badrakhan, « avec le printemps arabe, les États-Unis ont estimé qu’il y avait une occasion, sinon pour une réconciliation, du moins pour une trêve avec l’islam politique. Ils ont vu que le Qatar était prêt à jouer ce rôle et l’Égypte a servi de champ d’expérience », affirme-t-il.

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