Fortes tensions politiques au Koweït (23/10/2012)

Samedi 20 octobre, le gouvernement koweïtien a décidé la tenue d’élections législatives le 1er décembre prochain tentant ainsi de contenir la montée des tensions politiques entre la famille régnante et l’opposition koweïtienne. Des élections se tiendront donc pour la seconde fois cette année. Celles de février 2012, avait vu la victoire de l’opposition islamiste favorisé par le découpage électoral mis en place en 2006 qui réduisait le nombre de circonscriptions à  5 et permettait à chaque électeur de voter pour 4 personnes figurant sur la  liste de chaque circonscription. Cette fois ci, le gouvernement ne pourra pas toucher  au découpage puisque la Cour constitutionnelle vient d’en rejeter la demande mais un décret d’urgence publié le vendredi 19 octobre 2012 limite désormais le vote de chaque électeur à un candidat par liste dans chaque circonscription.  Cette nouvelle disposition vise à limiter le vote islamiste et tribal afin d’obtenir un Parlement plus favorable à la famille régnante qui détient, aujourd’hui, la grande majorité des postes clés dans le gouvernement et notamment tous les ministères régaliens.  Le Parlement, fierté du Koweït joue un rôle moteur dans la vie politique koweïtienne en questionnant les ministres sur leurs choix et les engagements de dépenses. Les grands contrats notamment dans le domaine pétrolier sont ainsi particulièrement scrutés et jusqu’à présent les grandes compagnies pétrolières internationales n’ont pas été autorisées, car cela contreviendrait aux dispositions de la constitution koweïtienne à prendre pied dans l’amont. Mais les bras de fer réguliers engagés entre le gouvernement et le Parlement ont abouti depuis presque deux décennies à un blocage total de la vie politique koweïtienne paralysant la prise de décision, notamment dans le domaine économique. C’est ainsi que le Koweït surnommé dans le temps, le « Paris du Golfe »,  apparaît aujourd’hui à la traîne en termes de développement économique face à la Fédération des Emirats arabes unis ou le Qatar faisant dire, en 2009, à Abdallah Al Shayji, un universitaire koweïtien « Koweït est le passé, Dubaï le présent et Qatar, le futur ». En termes politiques, cela pourrait bien devenir le contraire tant les tensions politiques sont fortes dans l’Emirat et les positions de la famille régnante et de l’opposition, irréconciliables.

L’opposition demande plus de transparence et plus d’ouverture de la vie politique koweïtienne soutenue en cela par les différentes révolutions arabes tandis que la famille régnante s’arcboute sur ses positions, s’employant à museler toute opposition politique. En décembre 2010, la chaine de télévision satellitaire Al Jazeera avait été fermée et l’accréditation de ses correspondants avait été retirée après la couverture par la chaine le 8 décembre 2010 d’une manifestation politique rassemblant parlementaires, universitaires et membres de la société civile, brutalement dispersée par les forces de sécurité.

Aujourd’hui, les chaînes satellitaires Al Jazeera et Al Arabiyya apparaissent singulièrement silencieuses sur la situation au Koweït. Certes les évènements en Syrie occupent une grande partie de l’attention, d’autant que le Qatar comme l’Arabie saoudite ne font pas mystère de leur soutien aux révolutionnaires syriens, mais les manifestations qui se déroulent au Koweït ne trouvent d’écho qu’au travers des réseaux sociaux et en particulier twitter. Tandis que se déroulait en direct sur Al Jazeera, les funérailles de l’ancien chef des renseignements libanais Wissam Hassan tué dans l’explosion d’une voiture piégée le 19 octobre, une manifestation rassemblant plus de 100000 personnes, selon l’opposition, a été dispersée par les forces de sécurité.  Outre leur opposition au décret modifiant la loi électorale, les manifestants, au cours d’une marche pour la dignité de la nation (Karamat Watan), ont ouvertement critiqué la famille Al Sabah et son omniprésence dans tous les secteurs d’activité de l’Emirat.  Les autorités, restées silencieuses sur le nombre de manifestants, ont organisé, dès le dimanche soir, une grande cérémonie d’allégeance au cours de laquelle, les différents membres de la famille régnante ont renouvelé leur soutien à l’Emir du Koweït. Al Jazeera, en arabe, n’a consacré qu’une couverture très limitée aux évènements.

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